En cours d’examen : Ângela Ferreira
La prochaine intervenante de notre série bimensuelle est la jurée professionnelle Ângela Ferreira. Artiste portugaise, conservatrice indépendante de photographie et chercheuse à l’Escola de Belas Artes de l’Universidade Federal do Rio de Janeiro, au Brésil, Ângela Ferreira se consacre à l’élaboration d’études sur les pratiques visuelles contemporaines qui interrogent les formes hybrides de la photographie.
Vous avez consacré vos recherches académiques à l’élaboration d’études sur les pratiques visuelles contemporaines qui « interrogent les formes hybrides de la photographie ». Pouvez-vous nous en dire plus ? Pourquoi ce sujet est-il si pertinent et important aujourd’hui ?
La photographie doit aujourd’hui adopter une approche interdisciplinaire nécessaire. Les territoires de la création artistique sont hétérodoxes, et les frontières entre les disciplines sont de plus en plus poreuses.
Nous ignorons ce qui va se passer ensuite et ce que le troisième millénaire nous réserve, mais nous savons avec certitude que le XXe siècle aura eu un impact. Aujourd’hui, nous sommes tous connectés à Internet et aux réseaux sociaux, où émerge une notion qui façonne la culture visuelle de nos sociétés.
C’est précisément lorsque les artistes visuels d’aujourd’hui s’approprient cette multiplicité d’images que l’Internet génère leur discours et leur narration, faisant d’eux des acteurs actifs de l’exercice d’une réflexion esthétique. En tant que conservatrice, artiste et chercheuse, j’ai étudié différents sujets dans un riche champ de possibilités qui mènent à l’expérimentation d’un nouvel imaginaire, au sens où il s’agit de reconstruire symboliquement notre existence.
Quelle a été, selon vous, l’œuvre photographique la plus marquante créée au cours de l’année écoulée ?
Au cours des 12 derniers mois, j’ai été témoin de l’éveil et de l’émergence de nouveaux artistes et de nouveaux récits que de nombreux processus ont historiquement tenté de réduire au silence. Un groupe d’artistes a présenté une gamme diversifiée de réponses artistiques à des réalités complexes et partagées, influencées par les histoires coloniales et modernes, les gouvernements répressifs, les crises économiques et les inégalités sociales, ainsi que par la prospérité économique, le développement et le progrès actuels. Les œuvres de Berna Reale, Joana Choumali, Yassmin Forte, Paula Sampaio, Ioana Sakellaraki, Natalia Kepesz, Délio Jasse, Sofia Yala Rodrigues, Rosângela Rennó, Shinji Nagabe, Mario Macilau, entre autres, ont attiré mon attention en façonnant le présent et en réorientant l’avenir.
Vous avez donné des conférences sur la photographie dans le monde entier, notamment au Brésil, en Uruguay et en Colombie. À quoi ressemble la communauté photographique en Amérique latine et, selon vous, comment des concours comme les Sony World Photography Awards profitent-ils à l’industrie ?
Des initiatives comme les Sony World Photography Awards attirent l’attention sur des sujets occultés et encouragent les photographes à faire entendre leur voix. Les Sony World Photography Awards permettent de découvrir et de soutenir des artistes talentueux et de les inciter à explorer le langage de la photographie, à élargir leurs perspectives et à contribuer au développement de la photographie en portant l’influence et la visibilité de la photographie contemporaine à un niveau supérieur au sein de l’industrie artistique mondiale.
La photographie a dû se battre pour sa place dans le monde de l’art et a été considérée comme une forme d’art mineure, ce qui reste souvent le cas dans certains milieux. Pourquoi l’art comporte-t-il, selon vous, cette hiérarchie ? Ou pensez-vous que la photographie devrait se distinguer des autres formes d’art ?
Depuis l’invention de la photographie, elle a toujours conservé une dimension antielitiste, car elle est considérée comme une forme de technologie et de support. Quelles que soient les valeurs accordées à sa dimension artistique, elle demeure un médium essentiel de communication visuelle utilisé depuis longtemps dans un large éventail de disciplines. En ce sens, la photographie accompagne et enrichit notre quotidien à tous les niveaux, et reste le langage le mieux placé pour témoigner de tous les bouleversements qui nous rappellent que le monde est en perpétuelle mutation.
Sur quelle expérience, quelles connaissances et quelles compétences allez-vous vous appuyer pour juger les candidatures de cette année ?
Grâce à mon expérience d’artiste, de conservatrice et d’enseignante au Portugal et au Brésil, je me suis impliquée dans des méthodes collaboratives et créatives visant à construire, analyser et affiner des récits sur de multiples plateformes. J’ai accompagné et conservé une série d’œuvres, d’expositions et d’interventions artistiques qui ont eu un impact considérable sur les photographes. J’ai acquis une solide expérience dans la pratique photographique engagée et le leadership, contribuant à consolider un réseau international de groupes artistiques et universitaires. Au cours de cette édition des Sony World Photography Awards, j’espère enrichir et contribuer au processus de sélection grâce à mon expérience et, en même temps, découvrir et ouvrir de nouvelles possibilités aux photographes.
Pourquoi un photographe devrait-il participer aux Sony World Photography Awards ?
Les Sony World Photography Awards constituent un excellent canal de découverte, de diffusion et de circulation des œuvres. C’est également un lieu très dynamique pour entrer en contact avec d’autres artistes. C’est un excellent moyen de donner de la visibilité aux projets.
Le langage photographique a été confronté à de nombreux défis et, par conséquent, les auteurs sont amenés à penser et à révéler leurs récits et leurs processus créatifs de nouvelles manières. Composer une sélection d’images ou un portfolio revient à assembler un puzzle : le travail du photographe doit refléter l’authenticité du processus créatif et, en même temps, permettre au spectateur de réfléchir et d’interroger l’histoire qui se cache derrière l’image.
Pourquoi des concours comme les Sony World Photography Awards sont-ils essentiels au développement du médium photographique ?
Les Sony World Photography Awards permettent de découvrir et de soutenir des artistes talentueux et de les inciter à explorer le langage de la photographie. Je crois que cette édition apportera une puissante force créative.
Que souhaitez-vous voir parmi les candidatures soumises au concours Sony World Photography Awards Professional ?
J’ai hâte de découvrir des récits saisissants, créés avec plusieurs couches pour visualiser le sujet. Je suis également intéressée par les médias basés sur l’objectif, la photographie et les essais photographiques, ainsi que par les artistes qui travaillent à l’intersection de la photographie et d’autres médias. Je suis très curieuse de voir comment les photographes utilisent des combinaisons hybrides d’anciennes techniques et de procédés numériques.



